Tous les processus actuels portent en eux des ambivalences. Toute crise-et la crise planétaire de façon paroxystique-porte en elle risques et chances. La chance est dans le risque. La chance s’accroît avec le risque. « là ou croît le péril, croît aussi ce qui sauve »(Hölderlin).
Mais la chance n’est possible que s’il est possible de changer de voie.
Est-ce possible ?Vers la métamorphose ?
Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre, ou bien se révèle capable de susciter un méta-système à même de traiter ses problèmes: il se métamorphose.
Tel quel, le système Terre est incapable de s’organiser pour traiter ses problèmes vitaux:
– Périls nucléaires qui s’aggravent avec la dissémination et peut être bientôt la privatisation de l’arme atomique;
– dégradation de la biosphère;
– économie mondiale dépourvue d’un système de contrôle/régulation;
-retour des famines;
conflit ethno-politico-religieux pouvant dégénérer en guerres de civilisation.L’amplification et l’accélération de tous ces processus peuvent être considérés comme le déchaînement d’un formidable feed-back positif, processus d’irrémédiable désintégration des systèmes physiques, mais qui peut transformer les systèmes humains.
Le probable est la désintégration.
L’improbable, mais possible, est la métamorphose.
Qu’est ce qu’une métamorphose ? Nous en voyons d’innombrables exemples dans le règne animal, notamment chez les insectes. Une chenille s’enferme dans une chrysalide; elle entame alors un processus qui est à la fois d’autodestruction et d’auto-reconstruction en une organisation et une forme différente.
Quand la chrysalide se déchire, il s’est formé un papillon qui, tout en demeurant le même être, est devenu autre. L’identité s’est maintenue et transformée dans l’altérité (…) C’est dans la métamorphose que se régénéreraient ces capacités créatrices. La notion de métamorphose est plus riche que celle de révolution. Elle en garde la radicalité novatrice, mais la lie à la conservation ( de la vie, des cultures, du legs de pensées et de sagesse de l’humanité). On ne peut en prévoir les modalités ni les formes: tout changement d’échelle entraîne un surgissement créateur.Edgar Morin – La Voie. 2011