Les outils de la communication non violente (CNV) selon Marshall Rosenberg

Dans mon précédent article, j’ai donné un aperçu de la CNV et de comment certaines grandes personnalités l’ont exercée dans leur vie.

Cet article va essentiellement se concentrer sur les outils que propose M. Rosenberg pour communiquer avec bienveillance et pour résoudre les conflits dans tous types de relations, qu’elles soient intimes, professionnelles ou publiques. Pour ma part j’ai choisi de me focaliser sur les relations intimes concernant la famille, le couple et nos relations amicales. J’expose ici de manière très simplifiée les outils de la CNV. Je conseille vivement la lecture du livre de Marshall Rosenberg « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » pour en comprendre toute la portée et la richesse.

Qui n’a jamais ressenti des sentiments de culpabilité, de crainte ou de honte lorsqu’une personne qui compte pour elle, lui impose ses propres valeurs, sans prendre en compte les siennes, ou lui attribue des torts lorsque ses propres besoins ne sont pas satisfaits ou lorsque ses désirs lui sont communiqués sous forme d’exigences auxquelles elle doit répondre ? Parfois, c’est nous-mêmes qui nous comportons de cette manière avec ceux qu’on aime, toujours de part et d’autre l’intention de bien faire.

Selon M.Rosenberg, ce type d’attitude ou de communication entrave la bienveillance envers nous-mêmes et envers autrui. Pour développer des relations saines, authentiques, respectueuses de soi et des autres, il propose quatre éléments constituant à mon sens la colonne vertébrale de la CNV, permettant de résoudre des conflits et d’obtenir la coopération.

Le premier élément est l’observation :

Il s’agit d’observer clairement une situation de la manière la plus neutre, dénuée de jugement, en se concentrant sur les faits tels qu’ils se présentent à nos yeux en gardant notre calme et en s’interdisant d’émettre une quelconque critique. Lorsqu’il s’agit d’une situation où je suis directement impliqué, où mes valeurs sont mises à mal, où j’ai le sentiment de ne pas être écoutée ou entendue, ne pas critiquer ou ne pas faire de reproches plus ou moins virulents, relève pour moi d’une véritable prouesse. Pourtant, lorsque je mets en pratique la CNV, les effet positifs sont immédiats. Dernièrement j’ai demandé à mon fils de ranger une serviette à sa place. Je m’attendais à ce qu’il le fasse dans les minutes qui suivent (en toute logique bien sûr). Quelques temps plus tard, en revenant dans la pièce, je remarque qu’elle n’a pas été rangée. Je réitère ma demande. Mon fils me dit qu’il est désolé, qu’il avait oublié et qu’il va le faire. Pourquoi pas ? Cela arrive à tout le monde. Je reviens à nouveau quelques temps plus tard et la serviette n’a toujours pas été rangée. A ce moment là, j’ai pensé : j’ai deux choix, le premier est de la ranger moi-même, ça ira plus vite. Mauvaise idée ! Ce n’est pas un service à lui rendre que de ranger à sa place. Le second choix est de lui faire des reproches, habitude que j’ai dans ce genre de situation. Il y une troisième solution, la CNV !

La première étape étant l’observation, je lui dis :

« je vois que la serviette n’est toujours pas rangée ». Je n’ajoute rien qui serait de l’ordre de la critique ou du jugement. Cependant, je n’en suis pas restée là. Vient donc le second élément : l’expression de ce que l’on ressent, les sentiments :

Exprimer nos émotions ou nos sentiments dans une situation donnée, c’est exprimer tout simplement la vérité de ce qui se passe en nous et tenter de comprendre ce qui se passe en l’autre. Quand un de nos besoins n’est pas satisfait ( pour moi le besoin que les choses soient rangées à leur places après qu’elles ont été utilisées), notre cerveau nous le fait savoir par la présence de toutes sortes d’émotions. Les identifier, les analyser, ensuite les exprimer, permet à l’autre de mieux nous connaitre, de connaitre nos besoins et de développer son empathie. Je reviens à ma fameuse serviette. Quand je l’ai vue traîner sur une chaise alors que je lui avais demandé trois fois de la ranger, j’ai ressenti des émotions désagréables, de l’agacement et de l’irritation. Lorsqu’une personne ou une situation nous irrite, la tendance naturelle est de rouspéter, de râler avec plus ou moins de virulence, voire de violence verbale ou même physique chez certains. Pour revenir à mon exemple, j’ai mis en pratique le deuxième élément, l’expression de mes sentiments en disant :

« Je me sens irritée (sentiment) lorsque je vois que cette serviette n’a toujours pas été rangée (observation neutre). On peut également inverser en commençant par l’observation. »

L’effet a été immédiat, mon fils a rangé la serviette. Ma fille était présente aussi. Je leur ai demandé de décrire les sentiments que cette façon de communiquer avait provoqués en eux. Ils ont tous deux ressenti de l’empathie envers moi. Ma fille a ajouté que le fait que j’ai exprimé ce que je ressentais lui donnait envie de m’écouter vraiment. Je leur ai ensuite dit que j’allais simuler ce qu’aurait pu être une critique très virulente envers lui. Je leur ai demandé ce que cela avait provoqué en eux. La réponse fut très instructive. Leurs sentiments étaient plutôt emprunts de colère et de culpabilité. Ce qui avait amené mon fils à ranger la serviette n’avait pas été la crainte, la honte ou la culpabilité mais l’empathie. L’empathie étant la capacité de ressentir et de partager les sentiments d’autrui.

Le troisième élément de la CNV est de reconnaître nos besoins, autrement dit d’identifier l’origine de nos sentiments. Un point important sur lequel insiste Marshall Rosenberg est que les autres ne sont pas responsables de nos sentiments. Ils en sont seulement les déclencheurs. Vous l’aurez remarqué, les mêmes circonstances ne produisent pas les mêmes sentiments chez tout le monde ou même chez une même personne selon qu’elle est de bonne ou de mauvaise humeur, reposée ou fatiguée etc.

Par exemple, dans le même embouteillage, certains automobilistes vont patienter en écoutant une émission à la radio ou en rêvassant pendant que d’autres vont râler et pester parce qu’ils vont rater leur rendez-vous, leur avion, parce qu’ils ont eu une journée harassante ou bien simplement parce que c’est leur façon de réagir aux situations déplaisantes. Pourtant, ils vivent tous exactement le même événement. L’embouteillage ne constitue donc pas la cause de leur état d’humeur exécrable mais il est un facteur déclenchant.

Une parole déplaisante adressée à mon encontre va déclencher en moi des sentiments qui m’appartiennent mais qui ne sont pas causés par la personne qui me les a adressées. Il est important de bien faire la différence entre les deux, car comme le dit M. Rosenberg, au lieu de blâmer les autres pour les sentiments que nous éprouvons, nous en acceptons la responsabilité en les reliant à nos propres besoins, désirs, attentes, valeurs ou pensées. Pour illustrer cela concrètement je reviens à l’histoire de la serviette. Le fait qu’il n’ait pas répondu à mon attente a déclenché en moi des sentiments désagréables, comme l’agacement et l’irritation. De mon côté, en identifiant mes sentiments je les ai reliés à un besoin non satisfait, celui de voir les choses à leur place. Ceci fait, je vais pouvoir m’exprimer ainsi :

« Je vois que la serviette n’est toujours pas rangée (observation). Je me sens irritée (sentiment). J’ai besoin que les choses soient rangées à leur place (besoin). »

Le quatrième élément de le CNV est la demande :

M. Rosenberg dit que Lorsque nos besoins ne sont pas satisfaits immédiatement après avoir exprimé nos observations, sentiments et désirs, nous formulons une demande spécifique : nous demandons des actes concrets susceptibles d’assouvir nos besoins. Dans mon exemple, mon fils était suffisamment empathique et perspicace pour répondre à mon attente sans que je n’ai eu le besoin de lui en faire la demande (surtout qu’elle avait été faite à plusieurs reprises auparavant). Il est essentiel que la demande soit formulée de manière positive afin qu’elle suscite la bienveillance de mon interlocuteur et qu’il y réponde avec plaisir. Je vais donc parler de ce que je veux et non de ce que je ne veux pas. Cette demande doit être la plus précise possible. Si mon fils ne sait pas où se rangent les serviettes, lui demander d’aller la ranger sans lui dire où, le mettrait dans l’embarras.

Il est important lorsque nous demandons quelque chose que les autres comprennent de manière très précise nos besoins pour pouvoir y répondre. On peut avoir tendance à penser que l’autre, surtout quand il s’agit d’un membre de la famille, peut accéder à nos besoins sans qu’on ait à les exprimer. Par exemple j’aimerais que mon mari m’aide à ranger la maison sans lui en faire la demande, car pour moi il est censé voir que j’ai besoin d’aide. J’ai beau m’affairer, soupirer. Mon mari ne se décide toujours pas à me proposer son aide. Cela provoque en moi de l’énervement, de la frustration, des pensées négatives sur le fait qu’il est insensible, indifférent etc. Ce genre de raisonnement est contre productif. Je ne peux pas toujours espérer qu’on réponde à mes besoins sans que j’en fasse la demande. Cependant, par chance il arrive parfois qu’une personne ait à un moment donné conscience de notre besoin sans pour autant lui avoir formulé une demande. Ce serait une erreur de compter là-dessus systématiquement. Mon mari peut avoir de très bonnes raisons, en particulier diverses préoccupations qui l’empêchent de remarquer mon besoin.

Communiquer avec non violence permet de joindre mon univers à celui de l’autre pour partager ce qui nous importe le plus, ce qui compte à nos yeux, ce qui nous lie l’un à l’autre. Pouvoir exprimer mes besoins et mes désirs permet de faire tomber des murs d’incompréhension et de malentendus, d’étendre ce qui nous unit et de réduire ce qui nous sépare.

Dans mon prochain article, j’aborderai la CNV dans le couple. Nous verrons comment la CNV peut aider notre couple à surmonter les difficultés, gérer les conflits et tisser des relations durables et belles.

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