Introduction à la communication non violente.

La violence est un petit mot que l’on retrouve souvent dans nos lectures, les médias, nos débats et nos discussions. Un mot qui déchaîne les passions, dramatiquement salutaire et nécessaire pour certains, impensable et intolérable pour d’autres. Un petit mot, pourtant chargé de bien grands maux.

Il y a deux ou trois ans ans, j’ai eu entre les mains l’excellent livre de Marshall B. Rosenberg: Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)- Introduction à la Non Violence. Avec ce livre j’ai pu découvrir les multiples visages de la violence. Quand je pensais à la violence, des images de guerres, de terrorisme, de violences conjugales, de maltraitances de toutes sortes, et de harcèlement me venaient aisément à l’esprit. Confortablement installée dans mon fauteuil devant un journal télévisé je recevais toutes ces images. Meurtrie et dans un total désarroi, je pensais que moi, Samia je ne faisais pas partie de ces gens là. Après avoir parcouru ce livre j’ai découvert que la violence avait une propriété très sournoise : elle a un deuxième visage. Elle sait aussi avancer masquée pour que le plus altruiste et bienveillant d’entre nous puisse la serrer dans ses bras sans même s’en apercevoir. J’ai pris conscience qu’effectivement la violence ne s’incarne pas seulement dans les crimes les plus ignobles ou dans les faits divers les plus sordides mais dans mon quotidien. Dans ma façon de communiquer lorsque la discorde ou la frustration viennent pointer le bout de leur nez. Dans les mots que j’utilise, des mots qui peuvent parfois blesser, décourager, humilier, rabaisser. Dans mon attitude même et mon regard jugeant et dépourvu d’empathie. En fait la violence vient dire à l’autre, qu’il n’est pas digne de respect. Avec elle, je le manipule au gré de mes désirs sans chercher à connaitre ses besoins ni à le voir comme un être unique et irremplaçable. Je veux décharger sur lui mon trop plein d’émotions désagréables dont il est à mes yeux la cause. Bien sûr, pour la plupart d’entre nous, l’intention est positive. On n’a absolument pas envie de faire mal à l’autre, mais nous ne trouvons pas les moyens les plus adéquats pour résoudre le problème de nos comportements violents. Certains les appellent d’ailleurs les douces violences. Celles qu’on inflige aux autres avec toutes les meilleures intentions du monde et en toute inconscience.

Marshall Rosemberg propose un remède à nos « douces violences » : la communication non violente.

« Elle est inspirée par les comportements et les paroles de tous ceux qui la pratiquent spontanément, il a mis au point un art du dialogue fondé sur l’empathie et l’authenticité » Charles Rojzman.

La non violence a fait l’objet de réflexions et a été la préoccupation centrale de nombreuses personnalités du XXème siècle.

Martin Luther King qui a vécu les violences raciales, a défini la non violence comme une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie.

Jaques Ellul, penseur et « chrétien anarchiste », c’est ainsi qu’il se définissait, a connu la crise de 1929 et les affres de la seconde guerre mondiale. Il s’est engagé dans la résistance et a recueilli des évadés juifs. Il dit :

« pour un chrétien, libre en Jésus-Christ, la seule vie d’action possible est de lutter contre toute violence, précisément parce que la violence est la forme d’expression des rapports humains, normale et nécessaire en dehors du Christ ».

On est d’accord ou pas, ou en partie avec ce qu’il affirme, mais je pense que la violence effectivement peut nous paraître illusoirement nécessaire lorsqu’on n’a pas un temps soit peu réfléchi à ses conséquences dans nos vies.

Une grande figure qui a incarné la non violence, la responsabilisation de l’homme face à ses actes, le don de soi pour en sauver d’autres, est Jésus Christ. Il a poussé à son comble l’abandon de la violence en allant jusqu’à commander d’aimer ses ennemis et de leur faire du bien. Dans l’épisode rapporté dans l’évangile selon Jean au chapitre 8 versets 1 à 11, relatant son intervention pour éviter le meurtre d’une femme accusée d’adultère par des religieux juifs, il a renvoyé ces hommes à leur propre conscience et responsabilité. Il les a empêchés avec intelligence de commettre l’irréparable : le meurtre de cette femme. C’est là un acte parmi tant d’autres relatés dans les évangiles manifestant l’extraordinaire pouvoir de la non violence.

René Girard a donné une belle description de la manière dont Jésus incarnait la non violence lors de son ministère sur terre. Il dit ceci :

 » Jésus vient dans l’humanité. Il ne vient pas pour juger, punir redresser à coup de gourdins les choses tordues. Il se montre désarmé dès les premiers instants; il révèle sa force intérieure, il invite avec passion les humains à changer de perspective et de vie. Il n’impose rien. Et quand ses amis veulent le défendre avec une épée, il les invite à la remettre au fourreau. Il se laisse saisir par ses ennemis. Mais il montre sa force intérieure en s’offrant volontairement. Il est tellement habité par l’amour qu’il triomphe par cette force intérieure ».

C’était mon introduction à la communication non violente. Dans ma prochaine publication je parlerai, en me basant sur les écrits de Marshall Rosenberg, des outils qu’il a crées permettant d’améliorer notre relation aux autres en rendant nos rapports authentiques et vrais.

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